Suite au mouvement anti-CPE, notre comité local organisait le 19 mai 2006, une conférence-débat sur l’emploi en la présence de Jacques Nikonoff, économiste et alors Président d’Attac France. Voici un court résumé de son intervention. Des débats s’en suivirent, notamment autour des questions « emploi et décroissance ». Ils se poursuivirent autour d’un pot convivial.
Pourquoi affirmer que le chômage est une question politique ?
Cette question s’illustre toujours par le rapport de force employeur/salarié et à travers la détention des richesses, les facteurs de production, les conditions de travail, mais aussi à travers les aspects culturels.
En 1968, la France connaissait une situation de plein emploi, favorable d’abord aux employés avec seulement 100 000 chômeurs. Le rapport de force était supérieur pour le salariat car l’offre de main d’œuvre était inférieur à la demande, cela stimulait les avantages salariaux et limitait les richesses.
En 1970, un grand changement s’opère dû à l’inflation. Celle-ci est provoquée par les services marchands qui souhaitent maintenir leurs taux de profit. L’Etat met alors en place un outil permettant de lutter contre cette hausse des prix : l’échelle d’indexation des prix sur les salaires. Chaque 1er Juillet, les salaires étaient réajustés. Ce système a résisté au premier choc pétrolier en 71 mais ne résistera pas au second en 79 malgré l’arrivée au pouvoir en 81 de la gauche.
Ces rapports de force d’après guerre peuvent s’expliquer suivant la métaphore du « M » :
1- Nazisme : seconde guerre mondiale.
2- Libération : émancipation des femmes/nationalisation des entreprises/inexistence patronat/droits salariaux retrouvés.
3- Guerre froide : restriction des libertés salariales sous pression patronat.
4- Décolonisation : mouvement des pays en voie de développement qui se rassemblent en orient pour trouver une alternative au modèle capitalisme./ affaiblissement des Etats-Unis (Vietnam, Apartheid, pauvreté)/nouveaux acquis salariaux (3 semaines de congés payés, la loi des 90% où une personne licenciée bénéficie de son salaire brut pendant un an).
L’OCDE rencontre un nouveau problème : les jeunes refusent d’aller en usine par négation des conditions de travail notamment en France, Allemagne, Italie / remise en question des rapports hiérarchiques au sein de la société et de l’entreprise.
D’un point de vue macro-économique, la baisse de la production et des profits sont un problème mondial.
5- Néolibéralisme: la résurgence du libéralisme après un marasme économique des années 70. Le discours est plus policé et des réflexions sont lancées sur :
- la reconstruction du discours libéral
- la domestication des média
- la reconquête du travailleur à partir des techniques de management et l’externalisation de certains services
En 1979, le G5 met fin à la politique keynésienne, une politique monétaire restrictive est mise en place, les taux d’intérêt sont revus à la hausse dans le but de ralentir l’économie mondiale (crainte de l’inflation), le chômage devient la variable d’ajustement. La libéralisation financière est marquée par la fin des accords de Bretton Wood (accord incluant la création du FIM et du taux de change fixe or/dollar). Ainsi, la pensée de Friedman et l’école de Chicago triomphent.
Depuis 1982, la France mène une politique d’austérité.
En conclusion, la précarité de l’emploi n’est pas un phénomène économique mais politique.
Face à cette option de politique libérale dont les effets sur l’emploi sont le développement de la précarité, l’association ATTAC propose d’autres pistes alternatives aux politiques néo-libérales :
- Changement des politiques macro-économiques au niveau national, européen, international (exemple : régulation des politiques d’échange par des soldes égaux à 0, des coopérations extra-européennes)
- Poursuite de la réduction du temps de travail
- Nouveau droit du travail pour assurer la pérennité de l’emploi.
- Financer l’emploi dans la sphère non marchande.